C'est un peu le havre de paix en plein coeur de la cité. Même si sa localisation est quelque peu excentrée au regard du centre-ville, il n'empêche que le château de la Piscine reste la folie la plus intégrée à la vie des quartiers. Si bien intégrée même qu'on ne la remarque presque pas. Et pourtant, il fut une époque où l'ensemble du domaine occupait tout de même plus de 40 hectares. Il est vrai qu'à cette période, il n'y avait là que des vignes, qui rappelaient qu'au XVII e siècle, ce qui constitue aujourd'hui le 129 de l'avenue de Lodève n'était encore que de la campagne montpelliéraine. C'est, en effet, en 1660 que Charles de Boucicot, alors conseiller à la cour des comptes de Montpellier et ex-propriétaire de l'ancien hôtel de ville de la place de La Canourgue, acquiert le domaine de la Peyssine, lequel relevait alors de l'abbaye d'Aniane. On remarquera l'orthographe du nom du site, qui évoluera ensuite vers une appellation plus courante, sans lien aucun avec une quelconque partie de son histoire. Le domaine, de 44 hectares, était un rendez-vous de chasse. Anne, la fille de Charles de Boucicot, épousant Georges de Belleval, le domaine passa alors aux mains de cette dernière famille, dont l'un des illustres membres n'est ni plus ni moins que le créateur du fameux Jardin des plantes. Les Belleval y vécurent plusieurs générations. François Gaspard de Belleval, l'un des descendants, entreprit un jour de reconstruire la vieille maison de maître, en ruine. Il en confia la réalisation à Antoine Giral, l'auteur du jardin du Peyrou. L'ensemble, tel qu'on le connaît aujourd'hui, est terminé en 1771. La famille de Belleval en resta propriétaire jusqu'en 1817. Pour l'anecdote, elle le loua en 1814 à la duchesse de Toscane, soeur de Napoléon I er , qui en fît une halte de repos de trois semaines sur le chemin du retour vers l'Italie. C'est en 1893 que la nouvelle appellation "château de la Piscine" apparaît. Lorsqu'il est acheté par Alfred Chaber, l'arrière-grand-père d'Andrée Cruse, née Chaber, qui veille aujourd'hui à sa destinée. André, le fils d'Alfred, entreprit à son tour de redonner au jardin à la française un prestige, qu'il avait perdu du fait de plusieurs changements de mains successifs. « Le parc connut son apogée durant la première moitié du XX e siècle » , raconte Andrée Cruse. Notamment lorsque la reine mère d'Angleterre y séjourna, durant ses vacances dans le sud de la France, en avril 1965.